Ce que la BCE et la Commission européenne ont réellement publié : coexistence avec le liquide, cours légal, calendrier, et ce qui n’est pas décidé.
Qu’est-ce que l’euro numérique, selon la BCE ?
L’euro numérique serait de la monnaie de banque centrale sous forme numérique : un passif direct de l’Eurosystème, au même titre qu’un billet, et non une créance sur une banque commerciale. Selon la BCE, il serait utilisable en ligne et hors ligne, partout dans la zone euro, pour payer en magasin, sur Internet ou entre particuliers, et ses fonctionnalités de base seraient gratuites pour les utilisateurs. Il s’ouvrirait par l’intermédiaire de sa banque ou d’un prestataire de services de paiement, et les personnes sans compte bancaire disposeraient aussi d’un accès gratuit aux services de base.
Ce qu’il n’est pas est tout aussi documenté. Ce n’est ni une cryptomonnaie ni un stablecoin : la plateforme de règlement serait centralisée et opérée par l’Eurosystème, sans technologie de grand livre distribué. Et ce ne serait jamais une monnaie programmable, précise la BCE : l’euro numérique ne pourrait pas être limité à tel usage ou telle date ; seuls des paiements conditionnels choisis par l’utilisateur, comme un paiement déclenché à la livraison, resteraient possibles.
Source : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique.Où en est le projet aujourd’hui ?
Le projet avance par phases publiques. La phase d’étude s’est tenue de 2021 à 2023, la phase préparatoire de novembre 2023 à octobre 2025. En octobre 2025, le Conseil des gouverneurs a décidé de passer à la phase suivante : poursuite des travaux techniques, dialogue avec le marché et soutien au processus législatif. Un recueil de règles, qui définira le fonctionnement uniforme du dispositif dans toute la zone euro, a été consulté auprès du marché et retravaillé en 2026.
Le calendrier annoncé est le suivant : un projet pilote doit démarrer au second semestre 2027 et durer douze mois, avec 36 prestataires de services de paiement sélectionnés ; une première émission potentielle n’interviendrait pas avant 2029, et seulement si le règlement est adopté. Au 3 novembre 2026, le texte est en négociations de trilogue : le Conseil de l’Union européenne a arrêté sa position le 19 décembre 2025, le Parlement européen le 9 juillet 2026, et l’Eurosystème attend une adoption d’ici fin 2026. Le Conseil des gouverneurs ne décidera d’une éventuelle émission qu’une fois le règlement adopté.
La BCE veut-elle supprimer l’argent liquide ?
Sa réponse officielle est non. Dans ses questions fréquemment posées, la BCE écrit que l’euro numérique coexisterait avec les espèces, sans s’y substituer, et que les espèces continueraient d’avoir cours légal, utilisables en même temps que tout moyen de paiement électronique. Elle cite à l’appui le processus de conception des nouveaux billets en euros, en cours, comme preuve de son engagement en faveur du fiduciaire.
Côté législateur, le mouvement va dans le même sens. Le 28 juin 2023, la Commission européenne a présenté le paquet « monnaie unique », composé de deux propositions complémentaires : l’une établit le cadre de l’euro numérique, l’autre concerne le cours légal des billets et pièces, afin de préserver leur acceptation et leur accessibilité dans toute la zone euro. Le texte de la proposition sur l’euro numérique le dit sans ambiguïté : il devrait compléter les formes physiques de la monnaie unique, et non les remplacer.
Sources : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique ; Commission européenne, page « L’euro numérique ».Que prévoit la proposition de règlement ?
Si l’euro numérique était un jour émis, le règlement proposé lui conférerait cours légal, comme aux espèces. Il prévoit une double obligation : d’acceptation pour les commerçants qui autorisent déjà les paiements numériques, et de distribution pour les banques vis-à-vis de leurs clients. La gratuité des services de base pour les particuliers y est inscrite, de même que l’accès gratuit pour les personnes sans compte bancaire, dans un objectif d’inclusion.
La proposition traite aussi de la vie privée, au cœur des débats. Pour les paiements hors ligne, seuls le payeur et le bénéficiaire connaîtraient les détails de la transaction, un niveau de confidentialité comparable aux espèces. Pour les paiements en ligne, l’Eurosystème ne serait pas en mesure d’identifier les utilisateurs ; les contrôles contre le blanchiment resteraient du côté des prestataires de services de paiement, comme c’est déjà le cas aujourd’hui pour les retraits et les dépôts d’espèces.
Sources : proposition de règlement établissant l’euro numérique, COM(2023) 369 (EUR-Lex) ; BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique.Que retenir, en l’état de la réglementation ?
D’abord que rien n’est décidé ni obligatoire : le règlement n’est pas encore adopté, l’émission n’est pas décidée, et le liquide reste. Ensuite que le débat, légitime, porte sur la résilience des paiements européens et sur la vie privée : il se suit dans les textes publiés, pas dans les rumeurs. Enfin que les échéances communiquées sont 2027 pour le pilote et 2029 pour une émission éventuelle, toujours conditionnée à l’adoption du cadre légal.
Pour l’épargnant, la question n’est donc pas de « fuir » quoi que ce soit, mais d’organiser sereinement la part de patrimoine qui ne dépend d’aucun canal numérique : espèces en quantité raisonnable, or physique détenu en propre, coffre privé hors banque pour les documents et les métaux précieux. Un exemple belge de loueur privé figure en bas de cette page. Et pour toute décision fiscale ou successorale, en l’état de la réglementation, le réflexe reste le notaire, l’avocat ou le conseiller fiscal.
Questions fréquentes
L’euro numérique sera-t-il obligatoire ?
Non. Selon la BCE, l’euro numérique coexisterait avec les espèces, sans s’y substituer : l’objectif affiché est d’offrir un choix supplémentaire, pas d’imposer un canal. Le paquet « monnaie unique » de la Commission européenne va dans le même sens, en préservant explicitement la liberté de choisir entre espèces et forme numérique pour payer en monnaie de banque centrale. Aucune obligation d’usage n’est prévue dans les textes publiés, et l’émission elle-même n’est pas encore décidée.
Sources : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique ; Conseil de l’Union européenne, page « Vers un euro numérique ».Pourrai-je encore payer en espèces si l’euro numérique est lancé ?
Oui. La BCE affirme que les espèces conserveraient cours légal et resteraient utilisables parallèlement à l’euro numérique et aux moyens de paiement électroniques privés. La Commission européenne a d’ailleurs présenté, le 28 juin 2023, une proposition de règlement spécifique sur le cours légal des billets et pièces, destinée à préserver leur acceptation et leur accès dans toute la zone euro. La conception de nouveaux billets, en cours, illustre ce maintien dans la durée.
Sources : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique ; Commission européenne, page « L’euro numérique ».Quelle différence entre l’euro numérique et l’argent de mon compte bancaire ?
L’euro numérique serait un passif direct de la banque centrale, comme un billet : de la monnaie publique. L’argent de votre compte bancaire est, lui, une créance sur votre banque commerciale : de la monnaie privée, adossée à la garantie des dépôts jusqu’à 100 000 € en cas de faillite. C’est précisément cette différence de nature que l’euro numérique viendrait combler à l’ère des paiements dématérialisés : offrir une forme numérique de monnaie publique, convertible à parité avec les espèces.
Source : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique.L’euro numérique est-il une cryptomonnaie ?
Non. Il serait émis et réglé sur une plateforme centralisée opérée par l’Eurosystème, sans technologie de grand livre distribué de type blockchain. Il n’a rien à voir avec les crypto-actifs ni avec les stablecoins, qui sont des émissions privées, sans cours légal, et dont la valeur dépend de la solidité de l’émetteur ou de son collatéral. L’euro numérique serait de la monnaie de banque centrale, à parité constante avec l’euro fiduciaire.
Source : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique.La BCE pourra-t-elle suivre mes paiements en euro numérique ?
Selon sa conception publiée, pour les paiements hors ligne, seuls le payeur et le bénéficiaire connaîtraient les détails de la transaction, comme avec des espèces. Pour les paiements en ligne, l’Eurosystème ne serait pas en mesure d’identifier les personnes qui paient ou reçoivent ; les contrôles de lutte contre le blanchiment resteraient assurés par les prestataires de services de paiement, comme aujourd’hui pour un compte bancaire. Le cadre légal final reste en négociation entre les colégislateurs européens.
Source : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique.Quand l’euro numérique sera-t-il disponible ?
Le calendrier communiqué est le suivant : un projet pilote devrait démarrer au second semestre 2027 et durer douze mois, avec 36 prestataires de services de paiement. Une première émission potentielle est évoquée pour 2029, à condition que le règlement établissant l’euro numérique soit adopté, ce que l’Eurosystème attend d’ici fin 2026. Tant que le texte n’est pas adopté, le Conseil des gouverneurs ne décide rien : il n’existe donc, à ce jour, aucune date d’entrée en service.
Source : BCE, questions fréquemment posées sur l’euro numérique.Gold & Silver Company, à Dottignies (Mouscron)
Conserver certains documents ou métaux hors d’un canal numérique est une option distincte : ce loueur privé de Dottignies (Mouscron) loue des coffres à l’année, sans compte bancaire, et une pièce d’identité est présentée à la souscription. Conditions sur le site officiel.